La Coquette de Lyon

16 July 2007

A poil

Classé dans : Incipits..., La poésie toujours vivante, PP — David_B @ 23:05

Dans la morne solitude des prisons, les rêves deviennent grands comme des séquoïas.

Seules à être libres, les idées vont et viennent, sourdant par intermittence au travers des fissures des murs, des murs aveugles comme cette justice des hommes, bien loin du ciel et de cette clémence divine qui pourrait, un jour, leur pardonner à tous leurs crimes, peut-être.

Même dans ces douches infâmes, le regard de Charles ne cesse de se perdre sur les carreaux verdâtres, où perlent des gouttes d’eau, des gouttes d’humidité, des gouttes d’humanité, égarées sur la faïence, mais qui finissent toujours par tomber, elles aussi. Elles tombent, tout comme les prisonniers, et finissent par transiter dans d’infâmes cloaques. Sublime paradoxe, elles en ressortiront forcément libres, au grand jour, purifiées, pour rejoindre à nouveau le grand fleuve sans début et sans fin de leurs semblables.

Un bruit, par terre, ploc.

Hé, Charlot, regarde, j’ai encore fait tomber la savonnette !

Charles soupira…

Contrainte : première phrase imposée “Dans la morne solitude des prisons, les rêves deviennent grands comme des séquoïas” + thématique détournée et titrifiée : “A poil”.

La réalité…

La réalité, c’est ce qui refuse de disparaître quand on a fini d’y croire.

Dans mon cas, c’est pas des beaux restes : une robe fânée, une douzaine de souris blanches, et puis cette vieille citrouille qui n’en finit pas de pourrir au fond du jardin. Pourtant, j’y croyais, tout avait bien commencé : Marraine m’avait bien aidée, avec le coup du carrosse – bon, minuit, c’est peu tôt, mais on fait avec. De toute façon, je ne couche jamais le premier soir. En plus, j’avais bien tapé dans l’oeil de ce grand dadais de fils à papa. Je me voyais déjà en couverture des gazettes. Et puis patatra : c’est bien beau de chausser du 36 fillette, mais de là à se faire souffler le morceau par une petite pute, toute fringuée en rouge, en plus, ça rime à quoi ? C’est sûr, quand on a 12 ans, on a des petits pieds…

Ce genre de choses m’arrive toujours à la Saint-Valentin. Qu’est-ce que je vais faire ? Passer une petite annonce ? Rédiger un manifeste ? Allez, on va pas se laisser abattre, ma fille. On va passer à la vitesse supérieure, n’en déplaise à Marraine. Je m’en vais me travestir un peu, et tendre un traquenard à l’autre pimbêche qui se la joue dans les bois. Bon, habiter avec des nains, c’est pas mon truc à la base, mais je sens qu’elle a du potentiel, la petite. Genre, j’arrive et je lui refile un laxatif ou un fruit trop mûr. Hop, elle disparaît, je la remplace, et j’attends de voir si ça prend. Au moins, je ferai plus la boniche, j’aurais mon aréopage de petits gars pour s’occuper des affaires courantes.

Comme on dit par chez moi : pas vu, pas pris.

Contraintes mixées et étirées : phrase d’ouverture imposée, détournement de conte, thème de la Saint-Valentin (jour d’écriture du texte) et du “pas vu, pas pris”, rédiger une petite annonce ou un manifeste.

6 May 2007

Quidam

Classé dans : PP, Textes contraints — Xavier G @ 19:05

La plage de Rivière-sens était vide. Je carennais avec entrain mon voilier. Je m’imaginais déjà naviguant sous la risée à quelques encablures des cotes quand je la vis apparaître sur le chemin de Basse-Terre. Sa mine hautaine et maléfique rayonnait de loin. Le plus noble d’entre-nous semblerait être un quidam à ses cotés. Elle menait une vie de rigueur et de labeur. Toutes ses actions étaient droites et aucune fantaisie n’y avait sa place. Sa présence ici était impossible. Ses trajets habituels la conduisaient de chez elle à l’église, de l’église à l’épicerie, de l’épicerie aux bonnes oeuvres et des bonnes oeuvres à chez elle, le tout dans un ordre immuable. Ce chemin, qu’elle empruntait, était celui des malotrus et la plage un lieu de jouisseurs. Sa présence ici n’avait de cesse de m’inquiéter au fur et à mesure qu’elle approchait. Je voyais en elle un oiseau de mauvais augure. Quand elle s’arrêta pour me parler, je sus que la fin était proche. Elle me demanda de l’emmener en bateau dès que celui-ci serait en état.

Intimidé, j’acceptais. Elle me dit qu’elle serait honorée d’être ma femme. Elle s’approcha et m’embrassa. Je bredouillais en disant que j’avais besoin de réfléchir, que j’aspirais à une vie trépidante faite d’aventures et de joie. Elle répondit que la gaïté était pour les médiocres… Vous et moi, nous sommes fait d’un autre bois.

contraintes (mot: quidam; expression: être fait du même bois)

Nager tout seul

Classé dans : Cryptoclip — Xavier G @ 18:42

“Par moment la surface a besoin d’être calmée.”
La colo est partie pendant que je nageais dans le lac. Je n’ose pas sortir de peur d’être complètement perdu. Ma peau frissonne ans l’eau glaciale. Mes habits sont restés au même endroit bien rangés sur une souche d’arbre.
Mon cerveau est en compote. J’ai froid et je transpire. Je n’arrive pas à me calmer. Je saisis une prune qui flotte et je la croque en pensant à mon sandwich de midi. Je n’avais plus envie de rire ni de pleurer. Je suis tétanisé au milieu du vide, l’eau, la forêt, le ciel, le vide…
La panique s’insinue sourdement dans les interstices de mon cerveau. Des images terribles comme la mort par hydrocution, de faim, les fourmis qui dévorent mon corps, les rats… un dinosaure qui surgit… J’en pleure de rire jusqu’à en être crispé. Cela me calme un peu. Un aigle prend son envol avec une sérénité majestueuse. Je sors de l’eau et m’essuie à toute vitesse. Je m’habille et m’emmitouffle dans ma doudoune. Je m’assoie sur la souche dans un soupir d’aise. Et maintenant?

Je regarde autour de moi. Le froid, les nuages et la nébulosité indiquent de probables chutes de neige. Je ne sais pas de quel côté prendre le sentier pour retourner au refuge me mettre à l’abri de son armure de bois.

Le vide est attirant. Vertige du vide qui ennivre mes sens. Je ne sais plus où je suis, quelle heure, quel lieu, quelle époque… j’attends la chute, la blancheur qui arrache la peau du rire…

crispé sur un soupir, je m’endors carapaçonner dans le givre de mon armure.

contraintes: 1ère phrase imposée + les mots en gras sont données au fur et à mesure toutes les minutes.

20 April 2007

Scripto-clip

Classé dans : Cryptoclip, Non classé, Textes contraints — Julien @ 17:12

Par moment la surface a besoin d’être calmée. Les vagues prennent trop de hauteur, des murs d’eaux se dressent et deviennent dangereux. C’est comme une peau qui se hérisserait soudain, il faut pouvoir lui redonner un aspect plus lisse. Il faut dire qu’il y a des heures de la journée où les réglages se font pour les familles, il faut que tout le monde puisse profiter du plan d’eau. On voit des enfants tenter l’assaut des vaguelettes au bord du rivage, des silhouettes de mamies en maillots de bain prune venir se faire fouetter les flancs. Il faut que ce soit une partie de plaisir pour tout le monde. C’est l’occasion de rire entre amies, de crâner à peu de frais, de pousser du plongeoir le dinosaure qui fait sa sieste sous son journal. Bref, tout le monde doit s’amuser.

Puis vient l’heure, assez tardive, de l’envol. Le signal n’est jamais vraiment donné mais on sent la chose venir dans l’air. Ce sont les sportifs aguerris qui s’approchent, les intrépides ou les vieux beaux imprudents. Les sauveteurs soupirent, maintenant il va falloir rester attentif à chaque détail. Les hydroliseurs actionnent les pompes, accentuent la force du champ magnétique. Les vagues peu à peu font éclater l’armure des vacanciers paisibles. Les télénageurs et les aqualogues sont désormais aux aguets. L’océan de synthèse, immense, ployant sa masse de neutrons en gravitation, lève désormais sa tête d’ogre vengeur, prêt à dévorer l’imprudent en proie à un subit malaise.

C’est la merveille technologique incontestable de l’époque. Une mer virtuelle grandeur nature, offerte aux cybervacanciers qui affluent de toute la planète, de toutes les terres désormais desséchées du globe, pour vivre au moins une fois les joies simples et éphémères de l’eau.

Contraintes: première phrase imposée, puis mots périodiquement imposés par le chef d’ochestre au cours de la rédaction (mots en gras et italiques dans le texte)

19 April 2007

Les mois d’avril sont printaniers

Classé dans : A poil, PP, Pas vu pas pris, Textes contraints — Daniel B. @ 18:28

Finalement, on s’est retrouvé à poil tous les deux. C’était pas gagné, mais c’est arrivé tout seul, naturellement. Je me souviens.

On s’était donné rendez-vous dans un parc pour lire, réviser, travailler un exposé sur les élections. Tu parles d’une excuse. En vrai, on ne savait pas comment faire comprendre à l’autre qu’on aurait voulu qu’il ne soit plus autre.
On s’est rejoint en fin d’après-midi, le soleil commencait à peine à fatiguer, on s’est déniché un coin tranquille dessous les arbres. Je me suis assis dos à un platane si haut qu’il aurait chatouillé le ventre des nuages s’il y en avait eu, et elle a posé sa tête sur mes genoux.
Assez vite, les élections n’ont plus recueilli nos suffrages, et elle a commencé à lire à voix haute un polar dont j’ai oublié le titre, mais pas la dernière phrase, qui faisait comme ça, c’est gravé là : « Dans la morne solitude des prisons, les rêves deviennent grands comme des séquoias ». Pendant qu’elle lisait, je regardais la petite veine bleue qui battait sous sa peau translucide, juste au creux de ses épaules. Tout allait bien. J’aurais pu mourir.

Et puis elle a poussé un cri : « Une bête, qu’elle faisait, j’ai une bête sur moi ». Ca a été le signal du départ. En cherchant la bestiole, j’ai effleuré ses mains, son cou, ses hanches et comme je ne trouvais rien, j’ai commencé à retirer sa robe, et ce qu’il y avait dessous, pendant qu’elle riait à moitié, En même temps, pour continuer le jeu, elle a fait de même avec moi, m’enlevant mon tee-shirt, mon jean. Heureusement, le parc s’était vidé, et on était dans une zone peu fréquentée. Personne n’est passé, on a pu s’embrasser avec toute la douceur de nos désirs longtemps retenus.
Ensuite, tout s’est enchaîné, mais je ne veux pas en parler ici. C’est entre nous. La nuit nous a trouvés essoufflés dans l’herbe tiède. Le bonheur est nocturne.

Pour la bête, celle qui a déclenchée cette tempête, je l’ai découverte après, quand nos souffles ont repris la normale : elle avait une chenille dans les cheveux.

Plusieurs “contraintes” mélangées. Une thématique (A poil…) ; parler des élections (pensez à voter !) ; insérer les phrases suivantes : “Le bonheur est nocturne” / “Dans la morne solitude des prisons, les rêves deviennent grands comme des séquoias” (tiré de Frédéric Dard) / “Elle avait une chenille dans les cheveux” (d’après JB Raze)

6 April 2007

Scripto-clic marin

Classé dans : Cryptoclip, PP, Textes contraints — Solène @ 10:47

Par moments, la surface a besoin d’être calmée. Sinon, le poisson, ben il se barre et là, rien à faire. Alors il faut attendre. Eric le sait, son pépé le lui a assez répété, mais il voudrait… autre chose.Sinon, le poisson, ben il se barre et là, rien à faire. Alors il faut attendre. Eric le sait, son pépé le lui a assez répété, mais il voudrait… autre chose. Il voudrait se défaire de son enveloppe, de sa peau cuite par le soleil au zénith et il voudrait se jeter à l’eau séance tenante. Et, tant pis, tant pis si au passage il renverse le verre d’alcool de prune de pépé, il sera déjà loin quand pépé s’en rendra compte, il n’entendra plus rien, ni les cris ni les rires, il n’entendra plus que le bourdonnement du sang dans ses oreilles et il nagera, longtemps, vers ces poissons qu’on passe son temps à attendre quand on pêche, il nagera vers le début des temps, croisant d’étranges bêtes, ichtyosaures et autres dinosaures, que tous croient disparus. Mais il verra, il saura, lui, que ce monde recèle bien plus de secrets qu’on ne veut le voir, qu’on ne veut le croire. Il nagera comme d’autres parlent et ses jambes grêles deviendront les ailes de son temps futur, un temps glorieux où l’inconnu se saisira en vol, un temps magique où le comble du malheur sera le soupir.

Eric hésite, l’eau est redevenue lisse. Il regarde pépé, qui a presque fini son verre. Son pépé qui est tout petit maintenant, tout rabougri – impossible de croire que le grand dadais en armure vu sur une photo est ce même petit bonhomme qui boit sec et ne parle plus, ou presque.

Mais, se dit Eric, peut-être que pépé lui aussi il rêve de s’envoler sous l’eau, d’aller chatouiller les algues marines et les brochets capricieux ?

Peut-être, et ce serait trop fort, qu’ils font exactement le même rêve au même moment ? C’est vrai, ça, on dit des choses dans sa famille, que les générations ne se parlent plus, que c’est l’époque qui veut ça – n’importe quoi. La vérité, c’est que son pépé, il se demande aussi si c’est beau, là-dessous, si les sirènes existent et comment on leur parle, aux sirènes. Est-ce que faire des bulles, c’est sexy là-bas ?

« Qu’est-ce que tu en penses, pépé ? demande Eric à tout hasard.

_ J’en pense qu’on n’en saura rien tant qu’on n’aura pas essayé », répond son pépé.

Contraintes : 1ère phrase imposée, puis mots régulièrement imposés : peau, prune, rire, dinosaure, envole, soupir, armure, époque.

4 April 2007

Vallée

Classé dans : Cryptoclip, PP — Daniel B. @ 20:41

Par moments, la surface a besoin d’être calmée. La surface du temps. Sa dure surface. Cette peau qu’il nous oppose, que nos dents ne peuvent ronger, atteindre, blesser – un peu comme cette terre que nous fouaillons, ici, dans la vallée, dans ce qui nous demeure de ce que nous laissèrent nos pères, les pères de nos pères et ceux d’avant, dont cette terre grasse s’est gavée, saoulée, ainsi que nous le faisons tous, chaque soir, avec nos alcools de prune, pour oublier autour des verres blancs ce qui nous tient de vie, de jours, d’espoirs, ceci, nos pauvres corps, nos mains si contrefaites qu’on dirait à les voir qu’elles sont nées des rires des dieux, de ces ombres noires qu’agitent le prêtre là-bas dans son église, l’instituteur aussi quand il nous parle de dinosaures, de bêtes étranges, malfaisantes, mais moins que nous, moins que ceux d’entre nous qui fricotent avec le diable, que l’on prétend d’ici, issu d’ici, de la vallée dont nous ne sortons pas, que nous ne quittons pas, même pas morts, parce que ce serait prendre envol et que nous ne le pouvons pas, ne le voulons même pas, fous que nous sommes, minés, dévorés, dévorés des soupirs de ce temps, donc, dont les crocs, les siens, laissent sur nous quelque chose comme des rides, ces crevasses dont les anciens disaient qu’elles étaient les fentes de nos âmes, ces pauvres âmes sans armures, sans rien dessus pour briser la lance des jours, ces jours que nous enfilons sans y prendre garde, sans tenir compte de rien, sans tenir compte de l’époque qui va cependant qu’accrochés à la vallée, à son dos gras de bête, entre nos deux rivières, les bois qui ferment le tout, nous attendons ce qui ne viendra pas, le jour, la neige, de rares traces dans les livres qui feront de ce que nous sommes des mots, des lignes, quelques silhouettes griffées, des personnages en somme.

Contrainte : Phrase de départ imposée. Le perfide Xavier
lance ensuite à intervalles réguliers (une minute) les mots
en gras qu’il faut faire figurer à la volée dans son texte.

10 March 2007

Sonnet héroïque

Classé dans : La poésie toujours vivante — Rémi @ 17:46

Quand le glorieux Soleil s’élève à l’horizon,

Quand le ressac découvre et le roc et la grève,

Le Chasseur vertueux, plein de foi et de rêve,

Se lève, empli de feu, et s’exclame : “Partons !”

Alors, sans un regard pour les occupations

Du vulgaire et du vil, en qui stagne la sève,

Il s’apprête au combat sans merci et sans trève,

Comme celui que Dieu opposa au Démon !

Il empoigne un fusil de sa main musculeuse :

L’arme luit aux éclairs de cette aube radieuse

Et promet d’exalter la fierté du Héros !

Mais une porte s’ouvre et Denise en jaillit :

“Est-c’ que tu pens’s vraiment qu’il te faut, mon chéri,

Ta pétoir’ tout’ rouillé’ pour chasser l’bigorneau ?”

Contraintes : Libre adaptation de la phrase : “Il chassait les huîtres au fusil”

Sonnet régulier dans un style heredio-fourestien

7 March 2007

Classé dans : JB, PP — Solène @ 17:53

JB apportait du sang frais. Deux fois par semaine, il faisait le même parcours jusqu’au 28, Boulevard de Senay. Une femme en robe de serge repassée, qui paraissait sourire à d’étranges gouffres, les cheveux gris de fer sous son bonnet, ouvrait, prenait le seau et refermait.

Elle montait le seau jusqu’à l’étage du bon docteur, et, chaque fois à la même heure, frappait. Elle n’ouvrait jamais la porte – le docteur le lui avait bien recommandé. Elle posait le seau et redescendait.

Ce qui se passait derrière la porte, nul n’en avait la moindre idée, sauf peut-être le bon docteur. Il sortait rarement et ne recevait jamais, son cabinet restait vide à toute heure et pourtant, on lui livrait quotidiennement d’imposants paquets.

C’était il n’y a pas si longtemps. Un jour, JB apporta en vain sa livraison. Personne n’attendait derrière la porte, la femme en gris avait disparu, ainsi que le bon docteur.

Tout ce qui restait, lorsqu’on ouvrit la porte de l’appartement, c’était une odeur. Mais quelle odeur…

Contrainte : JB apportait du sang frais.

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